Nico la Cravache ? Ce fut une légende dans la ville. Il avait des tendances à s’isoler dans sa baraque, pour songer disait-il. Préservant ses secrets. Il y a des intimités qu’il ne faut mieux pas pénétrer, même si la porte demeure entre-ouverte. Je me souviens qu’à cette époque il caillait pas mal, et lorsque le Nico s’extirpait dehors pour se trimballer sur le boulevard, la populace ne pouvait guère le rater. Il avait fière allure avec sa fourrure sur les épaules et son cigare entre les ratiches. Toujours accompagné d’un gusse pour lui tenir son parapluie quand il neigeait, pleuvait ou plombait. On béquetait souvent ensemble le soir. Un type généreux mais fallait pas le secouer. Sinon ça finissait en rififi, à coups de torgnoles dans la tronche, et puis il n’avait pas des paluches de bonne femme. Nico la Cravache…mort. Crise cardiaque. Étonnant, c’était plutôt lui qui donnait des sueurs froides.